Il y a peu, c’est-à-dire avant le confinement, c’est-à-dire il y a un siècle, j’assistais à « La vie de Galilée » de Brecht avec Torreton dans le rôle-titre avec cette scène si prégnante où le futur Urbain VIII reçoit les attributs de la papauté. Progressivement son regard, à l’origine bienveillant sur les travaux de Galilée, devient critique, voire menaçant une fois la tiare posée et la férule en main.

Pas facile pour un Pape dépositaire du crédo d’accepter que la terre ne soit pas le centre de l’univers, d’accepter que ce soit nous qui tournions autour du soleil et pas l’inverse. Tellement pas facile qu’il condamne Galilée à répudier tous ses travaux. « Je ne peux pas croire que le Dieu qui nous a doté d’esprit de raison et d’intelligence puisse être le même Dieu qui nous interdit de s’en servir » dira-t-il pour sa défense.

Il faudra attendre le 11 mai 1983 pour que la Congrégation pour la Foi réhabilite Galilée et annule sa condamnation sans pourtant admettre s’être trompée : toutefois Jean Paul II reconnait la rotondité de la terre compatible avec la foi chrétienne.

Certains croient encore que la terre est plate, sans pape il est vrai.

Le dogmatisme sclérose la pensée et fabrique les godillots de la république, et les béni-oui-oui de l’Entreprise. L’obligation d’être nécessairement «pour» dès lors qu’on est dans la majorité et « contre » dès lors qu’on emprunte les habits de l’opposition, relève du langage postural et la posture devient imposture. Dialogue de sourds entre volontairement malentendants. Pitoyable.

Quand le dialogue passe nécessairement par un rapport de force, d’intimidation, dans un jeu de rôle tellement prévisible, tellement stéréotypé, qu’on connait déjà la fin dès les premiers échanges à la manière d’une série policière du service publique le samedi soir. La société du spectacle de Guy Debord est là. Ne reste assurément que la forme. Et la démocratie pleure.

Dans ce contexte de sortie du confinement où il est de bon ton de spéculer sur le monde d’après, notre république gagnerait à débattre plus sereinement des dénis qu’elle accumule. Déni de l’antisémitisme, déni de la pédophilie dans l’église, des plafonds de verre dans l’entreprise, du racisme dans nos institutions, des bavures dans la police, et à s’extraire des flots de haine que favorise l’anonymat des réseaux sociaux d’où se retirent progressivement nombre d’intellectuels, de philosophes, à la pensée caricaturée et aux vies menacées par des excités de la gâchette verbale.

Maitrise des punch line et réactivité immédiate sont des illusions de démocratie directe. Dictature du moins disant.

Nous ne cherchons pas à comprendre mais à trouver des responsables, mieux, des coupables, soumis à la vindicte d’une vox populi qui en l’espace de quelques semaines a vu émerger des millions de spécialistes de la Covid et du traitement de crise, tous plus experts les uns que les autres, devenus oracles ou donneurs de leçons même si les sachants officiels n’ont pas toujours su.

Nous sommes habitués à l’annonce des compositions d’équipe de France où 60 millions de sélectionneurs commentent et critiquent les choix faits, depuis leur salon ou au zinc du Balto. Plutôt folklorique. Mais quand le jugement se fait hors du tribunal, quand le lynchage médiatique condamne sans preuve, quand l’outrance donne les clés du buzz, la démocratie se porte mal.

ll n’est évidemment pas question ici d’atteindre à la liberté d’expression et de manifester ou de proposer une démocratie censitaire reste que nous avons une nouvelle Grèce à inventer et un nouvel universalisme à construire…

Si tous les démocrates voulaient bien se donner la main. Chiche…

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