Les entreprises ont souvent modélisé par le passé le mode de fonctionnement très pyramidal de l’église (chrétienne notamment) et/ou de l’armée, pour penser leur organisation.

Ce système laissait la part belle à la séparation des taches et à l’expertise, à la logique de statut et à la rétention d’information comme garanties à l’exercice du pouvoir par un nombre limité d’acteurs.

La personnalisation du pouvoir et de l’autorité renforcée dans les cas des managers propriétaires s’imposent comme référentiel de management d’un modèle récurent.

Les NTIC ont profondément modifié le paysage relationnel. Les réseaux sont devenus les vecteurs essentiels d’une communication horizontale où les statuts sont inopérants où le partage d’information de tous ordres se fait librement, gratuitement où les liens se tissent en dehors des logiques hiérarchiques. 

Cette forme d’horizontalité a profondément modifié le tissu relationnel et s’affranchit d’une expertise qui se voudrait une source de domination dans l’interaction.

Cette horizontalité fait la part belle à la coopération et non à la collaboration, parler de collaborateur sous-entend un lien hiérarchique par celui qui prononce le mot. L’expression « mes collaborateurs » confirme cette dimension d’appropriation par le statut hiérarchique. La coopération, l’égalité et cependant reconnaît des contributions de natures différentes aux critères d’appréciations différents.

Nous ne sommes plus dans une logique de limitation des ressources « confisquées par quelques-uns » où 1% de la population détient plus de 50% des richesses de la planète mais au contraire dans une logique d’expansion des données échangées.

Cette horizontalité suppose une forme de responsabilité plus élevée comme un mode coopératif suppose davantage d’autonomie et de maturité dans les échanges, davantage de confiance à priori.

La traduction en entreprise s’analyse avec la réduction des niveaux hiérarchiques, la montée des logiques de projet, les formes de management participatif mais surtout une recherche de transparence indispensable à la co-responsabilité.

Cette maturité ne se décrète pas, elle s’apprend et se construit au jour le jour mais elle est incontournable.

À l’écoute des signaux faibles.

Il s’agit ici notamment de la fameuse petite Poucette en clin d’œil avec le petit Poucet où Michel Serres nous interroge sur notre capacité à nous affranchir de la mémoire ou pourquoi chercher à se remémorer une information, voire une connaissance, voire un savoir quand la réponse s’obtient après quelques clics sur la toile.

Nous nous sommes construits autour de la mémoire comme mode de sélection (L’école et son par cœur des récitations des fables de La Fontaine ou des verbes irréguliers et autres affluents du Rhône voire plus tard avec les QCM de première année de médecine)

Que serait une société où la mémoire ne serait plus un axe de reconnaissance ?

Le plus important est-il de mémoriser une connaissance ou de savoir où aller la chercher ?

L’écriture est premier support extérieur à l’homme. 

Avec elle tout change, on parle de rupture épistémologique, de changement de paradigme.

Jusqu’au moyen âge par exemple, dans l’enseignement de la médecine les «doctorants» restaient les mains dans le dos, debout et écoutaient un cours sans prise de note et répétaient ainsi ce qu’ils savaient pendant 20 ans à leurs disciples.

Ou encore plus loin dans le temps la transmission de l’Odyssée passait par l’apprentissage par cœur de plus de 5000 vers.

L’invention de l’écriture autorise :

L’organisation des villes,

La création du droit,

L’organisation de l’état,

L’invention de la monnaie, de la géométrie,

L’invention du monothéisme et l’écriture du Livre et une rétention toujours possible du savoir réservé à une élite (voir ou revoir, lire ou relire, « Le nom de la rose »)

Deuxième rupture.

L’invention de l’imprimerie :

La Réforme « tout homme est bible à la main » c’est le début de la démocratie.

Avec elle arrivent le chèque, la compatibilité, la naissance du capitalisme moderne à Venise, l’émergence de sciences expérimentales.

L’imprimerie permet la perte d’une partie de la mémoire. Il suffit de savoir le mode de rangement avec cependant une concentration encore limitée du savoir.

La diffusion du savoir offre les portes de la contestation des sachants.

« Je préfère une tête bien faite à une tête bien pleine » nous dit Montaigne.

3ème révolution le tout numérique :

« Ainsi l’ordinateur mime la capacité de tout organisme vivant ou inerte, de tout être vivant et association d’êtres vivants à savoir stoker, traiter, recevoir et émettre de l’information en cela il prétend à l’universel, il sert à tout parce qu’il mime la conduite, le profil de ce monde. » 

Et entraine :

Mondialisation,

Monnaie volatile,

Virtualité,

Transparence,

En externalisant notre raison, notre imagination, notre mémoire nous avons perdu de la mémoire subjective, cognitive et gagner de la mémoire en lien avec le support.

Perte égal gain, on perd du formaté on gagne de l’universel, libéré de l’écrasante obligation de se souvenir, de l’obligation de mémoire.

Cette mise à distance conduit à la transparence.

Ce qui nous oblige et nous « condamne » à devenir inventif voire « intelligent ».

Dès lors on peut parler de révolution culturelle.

Ainsi en pédagogie on passe d’une présomption d’incompétence à une présomption de compétences.

Basculement des rapports de forces entre l’enseignant et l’apprenant.

Idem dans l’entreprise où « l’égocratie », la mobilité, la rapidité libèrent des aristocraties organisationnelles.Un signal faible en passe de devenir un incontournable dans nos modes de management.

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