Tué par ses créateurs

Comment peut-on décider de tuer un mythe ?

Comment peut-on abandonner une machine à cash ? 

Skyfall c’est 1,2 milliards de dollars de recettes. 

Comment peut-on abandonner une relation aussi durable (59 ans) avec son public qui connait tous les codes attendus dans chaque opus.

Bond…James Bond….

La cascade d’introduction, le gun barrel, le générique machiste, le thème revisité à toutes les sauces locales, les gadgets de Q, les James bond girls, M, la Vodka Martini, l’explosion finale, les décors sous-marins, le smoking au casino (« le jeu est chez lui un signe extérieur de son art de vivre et de son stoïcisme quand il perd »)

Évidemment tous les James Bond ne sont pas égaux entre eux. Certains excellents (Opération Tonnerre, Goldeneye, Casino Royale). Evidemment certaines scénarii tiennent en une ligne. Il en est même de mauvais. On peut même trouver chez Jason Bourne un rythme plus soutenu, (Les producteurs débaucheront d’ailleurs des monteurs et des cascadeurs des films en question pour donner plus d’adrénaline aux poursuites et aux combats rapprochés) ou encore chez Tom Cruise des cascades plus spectaculaires. On peut avoir ses préférences parmi les acteurs mais James Bond qui vient chercher la reine, dans son palais, pour l’emmener au stade dans le cadre de la cérémonie d’ouverture des jeux de Londres… un clin d’œil compris par la planète entière……C’est ça un mythe !!

Et les mythes sont immortels.

James Bond peut tomber amoureux. Il s’est même marié. Mais sa jeune épouse meurt à la toute fin du film et dans le suivant c’est Roger Moore qui reprend le flambeau, avec un premier plan où il se recueille sur la tombe de sa femme avant d’ajouter de nouvelles « conquêtes » à son palmarès, déjà bien garni au service de Sa Majesté.

A la fin de Casino Royale version Craig (à ne pas confondre avec David Niven dans un plagia du même nom) il est en souffrance à la mort de Vesper. C’est le début de la fin. James Bond envahi par ses émotions. Rien ne va plus.

Quantum of Solace n’est qu’une vendetta personnelle et un des plus mauvais films de la saga.

Sa sortie de l’eau (celle de Craig) façon Ursula, son corps musculeux mis en avant (ce n’est pas Roger Moore qui aurait pu faire cet effet), tout autant admiré par une femme que par un homme au balcon, abîme l’image de l’hétéro exclusif avec le mâle alpha comme archétype.

Dès lors tous les épisodes suivants vont s’atteler à détricoter le mythe avec plein d’indices. Le méchant prend plus de place à l’écran, plus de poids, la scène où la caméra vient chercher lentement Javier Bardem (malsain) face à Bond prisonnier et impuissant qui effleure le torse de James marque les esprits. Sa méchanceté est palpable incarnée par sa mâchoire rongée par le cyanure Il crève l’écran et attire la lumière. Littéralement effrayant.

Le travail de déstructuration se poursuit dans ce crépusculaire Skyfall où il retrouve la vielle Aston Martin poussiéreuse qui a fait sa renommée (c’est avec ce vieux modèle qu’il quitte l’écran dans « Mourir peut attendre ») nostalgie en clin d’œil. Morbide.

Sans oublier la mort de M qu’il ne peut éviter.

Si on reste dans ce filon de régression analytique le final de Spectre où il choisit Seydou plutôt que l’Angleterre annonce une fin de vie  et« La mort peut attendre » 

Il suffit de remonter un peu dans le temps, cette fois dans Spectre et se rappeler la façon dont il tue, totalement désabusé, la dizaine de gardes du repaire de son « double de frère », avant la fausse explosion finale.

A peine mieux qu’un jeu vidéo.

On pouvait s’inquiéter de ce penchant pour une psychanalyse du petit James façon Batman Beguins qui n’annonçait rien de bon. A raison. Entre nous la jeunesse de Bond on s’en fout On a déjà eu la genèse en noir et blanc, du 00 dans Casino Royale. (A la permission de tuer et a exercé cette permission).

Même s’il faut admettre que ces failles révélées au grand jour ont relancer la franchise, le mythe a tenu en s’adaptant et en se réinventant. 

A chaque époque son Bond et son acteur répondant à des attentes et des besoins différents du public (l’originel et les copies diront les fans de Sean Connery façon guerre froide, viril et poilu, Thimoty Dalton le plus fidèle au personnage de Flemming plus agent qu’anglais, froid et distant, le plus décalé avec Roger Moore plus anglais qu’agent, le plus authentique avec Pierce Brosnan grave et léger à la fois.

Par définition Bond est indestructible

Et voilà qu’on sépare l’agent du matricule.

Bien sûr les James Bond girls ont une durée de vie limitée sauf pour Money Pennie, bien sûr il y a Me Too, la ligue contre le cancer, l’obligation de boire avec modération, de rouler à l’électrique. L’adaptation est plausible mais James Bond père de famille, c’est im-pensable.

Et on tue le père plutôt que d’abandonner le fils.

Tragédie grecque.

Fin de l’histoire.

Après le déni, l’angoisse, un monde sans rendez-vous avec Bond c’est comme Astérix sans Obélix, comme Sherlock sans Watson, comme des profiteroles sans chocolat chaud.

La colère est là.

Tenace.

Violente.

Bond est mort tué par ses créateursQuelle connerie !!!!

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